Les derniers développements de la situation sécuritaire, notamment avec l’attaque de mercredi contre un convoi de la gendarmerie dans la région de Bordj Bou Arreridj, avec un bilan lourd de dix-neuf morts, moins d’un mois après celle, ayant visé, fin mai, une patrouille militaire au sud des Aurès faisant neuf soldats tués, chamboulent les calculs politiques des uns, renforçant les arguments des autres et mettent tout le monde au pied du mur… Les uns, ce sont les « pousseurs » vers l’amnistie générale. Les autres, les défenseurs de l’option « éradication » du terrorisme. Tout le monde, c’est l’Algérie –État et peuple– qui n’est pas sortie de l’auberge du malheur dans laquelle elle est entrée il y a deux décennies. On aime à parler d’ « accalmie », à répéter que la capacité de nuisance des terroristes n’est plus ce qu’elle était il y a douze - quinze ans ; mais le fait même que depuis cette période-là et depuis le temps qu’on le dit les attentats n’aient pas cessé constitue un démenti à ces discours rassurants. Que vaut l’ « accalmie », que signifie cette notion tant que tombent des vies humaines ? Les faits sont têtus. Et ici, ils ne sont pas sans conséquence sur le débat politique de l’heure, au sujet de l’idée d’amnistie générale. Laquelle est loin de faire l’unanimité ; et ce, dans les différents segments de la société, jusqu’aux principales institutions du pays. Ahmed Ouyahia dans l’habit de Premier ministre a, répondant, le 25 mai, aux députés dans le cadre du débat sur le « plan d’action » de l’Exécutif, à mis l’accent sur « l’éradication du terrorisme » comme un préalable à cette amnistie au moment où en face l’on était à revendiquer la mise en œuvre d’une clause contenue dans la « Charte portant réconciliation nationale » énonçant que le président de la République avait la latitude de donner un prolongement à la dite loi… Et maintenant, que va-t-il se passer ? Car, nous sommes dans une pseudo impasse. En fait, rien n’est plus dynamique (au-delà de la dialectique) dans la nature que l’état de contradictions en action.
Cherif Berkache
samedi 20 juin 2009
mardi 19 mai 2009
Éditorial : Attentisme
Le niveau de vie des Algériens ne semble pas susciter l'intérêt qui devrait -au vu de la situation d'érosion continue et dangereuse du pouvoir d'achat de larges couches de la société- lui être accordé. Et par les pouvoirs publics et par les acteurs politiques et sociaux. Une augmentation du salaire minimum garanti serait sur le point d'être annoncée et l'on parle d’ores et déjà de 15 000 dinars comme s'il s'agissait d'un revenu qui pourrait permettre de subvenir aux besoins (alimentaires) élémentaires de la population. Tandis que des économistes estiment à 30 000- 35 000 dinars le revenu nécessaire pour le minimum vital. On est arrivé à un point où il n'existe que les riches (et les très riches) et les pauvres (et les plus que pauvres), après la disparition de la classe moyenne (lorsqu'elle existait, même la classe en dessous vivait décemment). Aujourd'hui, se procurer les produits de base est un souci majeur. Et la politique adoptée consistant pour l'État à intervenir par la subvention a montré ses limites voire des dérives. C'est une évidence, une bonne partie des produits subventionnés, notamment la farine et le lait, sont en quelque sorte détournés pour la confection de gâteaux dont les prix ont, ces dernières années, doublé ou triplé, et la fabrication de fromages y compris le camembert dont les marques se sont multipliées. Certaines voix essaient de se faire entendre, arguant que la meilleure des méthodes est l'aide directe pour les franges de la population concernées. Avis resté encore sans écho malgré le constat établi tant au niveau des experts que par la vox populi. Quant aux partis politiques et l'UGTA (les organisations situées en dehors du syndicat plus que jamais ''officiel'' comptant pour de simples figurants pour les uns et des faire-valoir pour les autres), ils ne participent nullement au débat sur le sujet pour l'amplifier dans le sens de l'enrichissement, se mettant en position d'attentisme…
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 30 avril 2009
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 30 avril 2009
Éditorial : Continuité, dites-vous ?
L e gouvernement a été reconduit hier par le président de la République. Dans son intégralité, le Premier ministre Ahmed Ouyahia et l’ensemble des autres «membres du gouvernement » (selon les termes du communiqué officiel). À l’exception de Bouguerra Soltani –qui était du reste un membre sans porte-feuille et donc sans fonctions précises– qui se retire vraisemblablement suite aux vagues qu’a connu son parti, le MSP, lequel perd ainsi un fauteuil dans la coalition gouvernementale, cependant sans que celle-ci risque un quelconque recadrage politique. L’Exécutif demeure avec le même dosage partisan pour garder le même colorage idéologique qu’on pourra appeler national-conservateur. Conservatisme et continuité. Tels sont l’essence et le moteur de ce ‘’nouvel ancien’’ gouvernement. Pourtant, Abdelaziz Bouteflika a, à la veille de sa réélection, fait des déclarations modernistes, progressistes en faveur de l’émancipation de la femme et de manière concrète, dans le monde du travail et par la promotion professionnelle et sociale. Ce qui va à contre-courant de l’esprit conservateur. Quant à la notion de continuité, d’aucuns au sein du microcosme politico-médiatique d’Alger s’attendaient à certains changements, ne serait-ce que sur le plan formel. Car, des départements en particulier avaient été pointés du doigt par divers acteurs politiques et sociaux, comme la Santé, l’Éducation, l’Enseignement supérieur et l’Industrie. Concernant le département dirigé par Abdelhamid Temmar, il a essuyé des critiques y compris par Ouyahia et Bouteflika, le chef du gouvernement lui ayant reproché l’absence de résultats tandis que le chef de l’État a remis en question, tout en déclarant en endosser la responsabilité, la politique de la privatisation, laquelle est au centre du plan de relance économique. À présent que le même gouvernement auquel est reproché l’échec (au moins) de son programme économique est reconduit, il est difficile de parler de continuité...
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 28 mai 2009
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 28 mai 2009
mardi 28 avril 2009
Éditorial : Scène à refaire
La classe politique en Algérie se trouve dans une impasse. Cela est valable pour tous : autant les passifs (ceux qui sont placés à l’écart de la scène politique) et les partisans du boycott à la dernière élection présidentielle que les candidats ‘’malheureux’’ et les soutiens de Bouteflika. Quand on fait de la politique, on est tenu d’être présent sur le terrain, dans la société, et on a intérêt à avoir son empreinte marquée dans le paysage politique. Sinon, il vaut mieux penser à faire autre chose, se recycler dans des domaines plus commodes parce que moins engageants (quoique !) –comme l’ont d’ailleurs fait certains–, dans la haute administration où la politique n’est qu’un accessoire ou d’autres secteurs comme par exemple la presse… Le virage aujourd’hui sera difficile à amorcer pour les partis, à commencer par ceux qui composent l’Alliance présidentielle. En premier le MSP, dont les luttes intestines se sont exacerbées et étalées sur la place publique. Le FLN, de plus en plus effacé, voit sa position (théorique) de premier parti du pays menacée par le frère ennemi, le RND, lui-même souffrant d’un malaise diffus né de l’ambiguïté dont il fait montre, notamment dans sa position sur la question du traitement du terrorisme et son positionnement à l’égard de l’islamisme, depuis le retour de son leader aux affaires à la tête du gouvernement. Parmi ceux qui ont postulé face à Bouteflika à la magistrature suprême, la secrétaire générale du PT est la seule à posséder une vraie matrice. Le RCD peine à se maintenir dans son propre espace au moment où le FFS conserve sa crédibilité bien que pour lui aussi du terrain reste à (re)conquérir pour prétendre jouer les premiers rôles sur la scène politique nationale. Pour rester dans le camp dit démocrate, le MDS est moins que l’ombre du PAGS et de Ettahaddi, pourtant représentant un courant idéologique, de pensée réel. Ceci étant dit, il y a (encore) de la place pour des partis mais pas du genre des résiduels de l’ouverture de 1989…
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 24 avril 2009
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 24 avril 2009
mardi 21 avril 2009
Éditorial : La politique c’est (tout) un programme
Les acteurs de la classe politique ne faisant pas partie de l’Alliance présidentielle et n’ayant pas participé au soutien du candidat Abdelaziz Bouteflika se sont timidement prononcés suite au discours d’investiture du président réélu. Pour ne pas dire qu’il y a absence de réaction réellement politique : dans le sens de décortiquer ce discours qui se veut porteur des grandes lignes du programme de cette troisième mandature, le démonter, y apporter des commentaires, des critiques avant d’y opposer ses propres visions politiques et économiques, sur les questions de l’heure, les grands dossiers ouverts ces dernières années et surtout les sujets intéressant les citoyens de près parce que touchant de manière directe à leur vécu. Cette attitude met au goût du jour les deux grosses tares qui collent à la peau des partis. Deux points Intimement liés et concernant la relation avec les citoyens et le programme. Mais comment attendre des critiques pour un programme de la part de gens qui en manquent ? Aujourd’hui en Algérie, ils sont si rares les partis qui possèdent un véritable programme politique, avec des positionnements clairs, traitant (sérieusement) de l’économie et présentant publiquement des propositions avec explications et argumentaire, notamment ce qui se rapporte au social, donc aux préoccupations premières de la population. Et nous voilà dans cette relation avec les citoyens, au coeur de l’existence même d’un parti. Tout cela peut apparaître comme de la didactique élémentaire, cependant à la mesure de cette réalité qui caractérise la classe politique algérienne : déficit en force de proposition et éloignement du peuple. N’y voir là aucune démagogie ; mieux, dans un système politique qui se veut démocratique, un parti (et tout politique élu) qui aspire à gouverner tient toute sa légitimité du peuple. Et avec le peuple, ça ne communique pas par fax (nos politiques ne se sont pas encore mis à Internet) et la politique ne s’exerce pas en groupe dans des bureaux ou en cercles dans des salons.
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 21 avril 2009
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 21 avril 2009
lundi 20 avril 2009
Éditorial : La réalité et les demi vérités
Des saisies importantes de kif traité ont été opérées par les services de la Gendarmerie nationale depuis le début de l’année. Des records dans la lutte contre le trafic des stupéfiants en Algérie. Ces donnes sont par ailleurs mathématiquement révélatrices des grosses quantités de drogue qui circulent dans le pays. La plus grande partie, aime-t-on à se consoler, est destinée à l’étranger, le territoire national servant de passage, d’espace de transit. Cette demi vérité n’empêche la réalité qui fait que la consommation intérieure a atteint des proportions des plus graves, quand on sait que le cannabis (et pas seulement, les psychotropes aussi, voire les drogues dites dures) circule autour des lycées (et des collèges !), l’adolescent (et l’adolescente) d’aujourd’hui s’initiant au kif –à un âge encore plus précoce– comme ses aînés goûtaient hier à la bière et au vin, avec des dégâts infiniment plus étendus…Touchant ici à la (difficile à saisir) sphère sociale, le propos nous ramène au trafic de la drogue, devenu un véritable fléau, accentué par la situation sécuritaire et certaines pratiques maffieuses à visage économique. On parle de réseaux structurés et dotés de moyens conséquents, y compris des armes de guerre dont ils n’hésitent pas à se servir. Les enjeux sont énormes. Aussi, la lutte restera ardue malgré les résultats probants réalisés ces derniers mois et l’expérience acquise par les gendarmes, qui parviennent à décrypter et à déjouer les stratagèmes des narcotrafiquants. Outre l’évidente difficulté de l’entreprise, le combat contre le phénomène que constitue le trafic de drogue est notablement freiné par l’état des relations de l’Algérie avec le voisin pourvoyeur. Logique primaire : comme la marchandise prohibée vient du Maroc, la lutte devrait s’opérer aussi en amont, la coopération dans ce type de situations n’étant pas facultative…
Cherif Berkache
In Le Courrier du 19 avril
Cherif Berkache
In Le Courrier du 19 avril
Éditorial : 300 contre 10
Une génération en arrière, l’Algérien ne trouvait pas quoi acheter avec son argent. Pour acquérir une voiture neuve, il fallait avoir la bénédiction du Parti (unique). Il n’était pas facile de se procurer un jean ou des baskets made in. La banane était ramenée de France par des proches émigrés ou de retour de vacances. Et pas seulement. L’huile de table était convoitée. Lorsque vous avez la chance d’en trouver, l’épicier vous fourgue avec un produit qu’il n’arrive pas à écouler. Suite logique, la pénurie enfante le marché noir et la spéculation et de façon subsidiaire la vente concomitante. Néanmoins, les légumes et les fruits locaux étaient largement abordables, dépassant rarement les deux dinars. Il arrivait que l’orange, la mandarine et la pomme de terre soient cédées à un dinar les trois kilos ! La sardine était à un dinar…En augmentant, les prix des produits alimentaires se sont multipliés jusqu’à trois cents fois, dans un marché où on trouve tout, où la marchandise est disponible, en variété, en qualité et en quantité mais cette fois c’est l’argent qui manque…Car, les salaires, eux, notamment les plus modestes (et les plus durement touchés par les hausses successives des prix des produits de première nécessité), ont connu des augmentations cumulées dans une proportion de dix fois. C’est vrai que, pour reprendre Georges Marchais, lorsque les salaires prennent les escaliers les prix prennent l’ascenseur ; mais, au moins ne pas détruire ou laisser s’écrouler les marches. Devant cette équation aliments trop chers et revenus (trop) bas, il n’y a pas trente-six solutions. La régulation du marché, qui tarde à dépasser le stade du voeu pieu chez les pouvoirs publics –et pas de la part de tous, certains s’y opposant même, invoquant la loi du marché–, n’est pas seulement une nécessité, c’est une urgence. Et en admettant que la situation actuelle soit le résultat du jeu de l’offre et de la demande–, s’impose alors afin d’en réduire les effets une revalorisation substantielle des salaires. Et, messieurs les gestionnaires en chef des affaires publiques, ne nous sortez pas l’épouvantail de l’inflation !
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 16 avril 2009
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 16 avril 2009
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