samedi 20 juin 2009

Éditorial : État de contradictions

Les derniers développements de la situation sécuritaire, notamment avec l’attaque de mercredi contre un convoi de la gendarmerie dans la région de Bordj Bou Arreridj, avec un bilan lourd de dix-neuf morts, moins d’un mois après celle, ayant visé, fin mai, une patrouille militaire au sud des Aurès faisant neuf soldats tués, chamboulent les calculs politiques des uns, renforçant les arguments des autres et mettent tout le monde au pied du mur… Les uns, ce sont les « pousseurs » vers l’amnistie générale. Les autres, les défenseurs de l’option « éradication » du terrorisme. Tout le monde, c’est l’Algérie –État et peuple– qui n’est pas sortie de l’auberge du malheur dans laquelle elle est entrée il y a deux décennies. On aime à parler d’ « accalmie », à répéter que la capacité de nuisance des terroristes n’est plus ce qu’elle était il y a douze - quinze ans ; mais le fait même que depuis cette période-là et depuis le temps qu’on le dit les attentats n’aient pas cessé constitue un démenti à ces discours rassurants. Que vaut l’ « accalmie », que signifie cette notion tant que tombent des vies humaines ? Les faits sont têtus. Et ici, ils ne sont pas sans conséquence sur le débat politique de l’heure, au sujet de l’idée d’amnistie générale. Laquelle est loin de faire l’unanimité ; et ce, dans les différents segments de la société, jusqu’aux principales institutions du pays. Ahmed Ouyahia dans l’habit de Premier ministre a, répondant, le 25 mai, aux députés dans le cadre du débat sur le « plan d’action » de l’Exécutif, à mis l’accent sur « l’éradication du terrorisme » comme un préalable à cette amnistie au moment où en face l’on était à revendiquer la mise en œuvre d’une clause contenue dans la « Charte portant réconciliation nationale » énonçant que le président de la République avait la latitude de donner un prolongement à la dite loi… Et maintenant, que va-t-il se passer ? Car, nous sommes dans une pseudo impasse. En fait, rien n’est plus dynamique (au-delà de la dialectique) dans la nature que l’état de contradictions en action.

Cherif Berkache

mardi 19 mai 2009

Éditorial : Attentisme

Le niveau de vie des Algériens ne semble pas susciter l'intérêt qui devrait -au vu de la situation d'érosion continue et dangereuse du pouvoir d'achat de larges couches de la société- lui être accordé. Et par les pouvoirs publics et par les acteurs politiques et sociaux. Une augmentation du salaire minimum garanti serait sur le point d'être annoncée et l'on parle d’ores et déjà de 15 000 dinars comme s'il s'agissait d'un revenu qui pourrait permettre de subvenir aux besoins (alimentaires) élémentaires de la population. Tandis que des économistes estiment à 30 000- 35 000 dinars le revenu nécessaire pour le minimum vital. On est arrivé à un point où il n'existe que les riches (et les très riches) et les pauvres (et les plus que pauvres), après la disparition de la classe moyenne (lorsqu'elle existait, même la classe en dessous vivait décemment). Aujourd'hui, se procurer les produits de base est un souci majeur. Et la politique adoptée consistant pour l'État à intervenir par la subvention a montré ses limites voire des dérives. C'est une évidence, une bonne partie des produits subventionnés, notamment la farine et le lait, sont en quelque sorte détournés pour la confection de gâteaux dont les prix ont, ces dernières années, doublé ou triplé, et la fabrication de fromages y compris le camembert dont les marques se sont multipliées. Certaines voix essaient de se faire entendre, arguant que la meilleure des méthodes est l'aide directe pour les franges de la population concernées. Avis resté encore sans écho malgré le constat établi tant au niveau des experts que par la vox populi. Quant aux partis politiques et l'UGTA (les organisations situées en dehors du syndicat plus que jamais ''officiel'' comptant pour de simples figurants pour les uns et des faire-valoir pour les autres), ils ne participent nullement au débat sur le sujet pour l'amplifier dans le sens de l'enrichissement, se mettant en position d'attentisme…

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 30 avril 2009

Éditorial : Continuité, dites-vous ?

L e gouvernement a été reconduit hier par le président de la République. Dans son intégralité, le Premier ministre Ahmed Ouyahia et l’ensemble des autres «membres du gouvernement » (selon les termes du communiqué officiel). À l’exception de Bouguerra Soltani –qui était du reste un membre sans porte-feuille et donc sans fonctions précises– qui se retire vraisemblablement suite aux vagues qu’a connu son parti, le MSP, lequel perd ainsi un fauteuil dans la coalition gouvernementale, cependant sans que celle-ci risque un quelconque recadrage politique. L’Exécutif demeure avec le même dosage partisan pour garder le même colorage idéologique qu’on pourra appeler national-conservateur. Conservatisme et continuité. Tels sont l’essence et le moteur de ce ‘’nouvel ancien’’ gouvernement. Pourtant, Abdelaziz Bouteflika a, à la veille de sa réélection, fait des déclarations modernistes, progressistes en faveur de l’émancipation de la femme et de manière concrète, dans le monde du travail et par la promotion professionnelle et sociale. Ce qui va à contre-courant de l’esprit conservateur. Quant à la notion de continuité, d’aucuns au sein du microcosme politico-médiatique d’Alger s’attendaient à certains changements, ne serait-ce que sur le plan formel. Car, des départements en particulier avaient été pointés du doigt par divers acteurs politiques et sociaux, comme la Santé, l’Éducation, l’Enseignement supérieur et l’Industrie. Concernant le département dirigé par Abdelhamid Temmar, il a essuyé des critiques y compris par Ouyahia et Bouteflika, le chef du gouvernement lui ayant reproché l’absence de résultats tandis que le chef de l’État a remis en question, tout en déclarant en endosser la responsabilité, la politique de la privatisation, laquelle est au centre du plan de relance économique. À présent que le même gouvernement auquel est reproché l’échec (au moins) de son programme économique est reconduit, il est difficile de parler de continuité...

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 28 mai 2009

mardi 28 avril 2009

Éditorial : Scène à refaire

La classe politique en Algérie se trouve dans une impasse. Cela est valable pour tous : autant les passifs (ceux qui sont placés à l’écart de la scène politique) et les partisans du boycott à la dernière élection présidentielle que les candidats ‘’malheureux’’ et les soutiens de Bouteflika. Quand on fait de la politique, on est tenu d’être présent sur le terrain, dans la société, et on a intérêt à avoir son empreinte marquée dans le paysage politique. Sinon, il vaut mieux penser à faire autre chose, se recycler dans des domaines plus commodes parce que moins engageants (quoique !) –comme l’ont d’ailleurs fait certains–, dans la haute administration où la politique n’est qu’un accessoire ou d’autres secteurs comme par exemple la presse… Le virage aujourd’hui sera difficile à amorcer pour les partis, à commencer par ceux qui composent l’Alliance présidentielle. En premier le MSP, dont les luttes intestines se sont exacerbées et étalées sur la place publique. Le FLN, de plus en plus effacé, voit sa position (théorique) de premier parti du pays menacée par le frère ennemi, le RND, lui-même souffrant d’un malaise diffus né de l’ambiguïté dont il fait montre, notamment dans sa position sur la question du traitement du terrorisme et son positionnement à l’égard de l’islamisme, depuis le retour de son leader aux affaires à la tête du gouvernement. Parmi ceux qui ont postulé face à Bouteflika à la magistrature suprême, la secrétaire générale du PT est la seule à posséder une vraie matrice. Le RCD peine à se maintenir dans son propre espace au moment où le FFS conserve sa crédibilité bien que pour lui aussi du terrain reste à (re)conquérir pour prétendre jouer les premiers rôles sur la scène politique nationale. Pour rester dans le camp dit démocrate, le MDS est moins que l’ombre du PAGS et de Ettahaddi, pourtant représentant un courant idéologique, de pensée réel. Ceci étant dit, il y a (encore) de la place pour des partis mais pas du genre des résiduels de l’ouverture de 1989…

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 24 avril 2009

mardi 21 avril 2009

Éditorial : La politique c’est (tout) un programme

Les acteurs de la classe politique ne faisant pas partie de l’Alliance présidentielle et n’ayant pas participé au soutien du candidat Abdelaziz Bouteflika se sont timidement prononcés suite au discours d’investiture du président réélu. Pour ne pas dire qu’il y a absence de réaction réellement politique : dans le sens de décortiquer ce discours qui se veut porteur des grandes lignes du programme de cette troisième mandature, le démonter, y apporter des commentaires, des critiques avant d’y opposer ses propres visions politiques et économiques, sur les questions de l’heure, les grands dossiers ouverts ces dernières années et surtout les sujets intéressant les citoyens de près parce que touchant de manière directe à leur vécu. Cette attitude met au goût du jour les deux grosses tares qui collent à la peau des partis. Deux points Intimement liés et concernant la relation avec les citoyens et le programme. Mais comment attendre des critiques pour un programme de la part de gens qui en manquent ? Aujourd’hui en Algérie, ils sont si rares les partis qui possèdent un véritable programme politique, avec des positionnements clairs, traitant (sérieusement) de l’économie et présentant publiquement des propositions avec explications et argumentaire, notamment ce qui se rapporte au social, donc aux préoccupations premières de la population. Et nous voilà dans cette relation avec les citoyens, au coeur de l’existence même d’un parti. Tout cela peut apparaître comme de la didactique élémentaire, cependant à la mesure de cette réalité qui caractérise la classe politique algérienne : déficit en force de proposition et éloignement du peuple. N’y voir là aucune démagogie ; mieux, dans un système politique qui se veut démocratique, un parti (et tout politique élu) qui aspire à gouverner tient toute sa légitimité du peuple. Et avec le peuple, ça ne communique pas par fax (nos politiques ne se sont pas encore mis à Internet) et la politique ne s’exerce pas en groupe dans des bureaux ou en cercles dans des salons.

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 21 avril 2009

lundi 20 avril 2009

Éditorial : La réalité et les demi vérités

Des saisies importantes de kif traité ont été opérées par les services de la Gendarmerie nationale depuis le début de l’année. Des records dans la lutte contre le trafic des stupéfiants en Algérie. Ces donnes sont par ailleurs mathématiquement révélatrices des grosses quantités de drogue qui circulent dans le pays. La plus grande partie, aime-t-on à se consoler, est destinée à l’étranger, le territoire national servant de passage, d’espace de transit. Cette demi vérité n’empêche la réalité qui fait que la consommation intérieure a atteint des proportions des plus graves, quand on sait que le cannabis (et pas seulement, les psychotropes aussi, voire les drogues dites dures) circule autour des lycées (et des collèges !), l’adolescent (et l’adolescente) d’aujourd’hui s’initiant au kif –à un âge encore plus précoce– comme ses aînés goûtaient hier à la bière et au vin, avec des dégâts infiniment plus étendus…Touchant ici à la (difficile à saisir) sphère sociale, le propos nous ramène au trafic de la drogue, devenu un véritable fléau, accentué par la situation sécuritaire et certaines pratiques maffieuses à visage économique. On parle de réseaux structurés et dotés de moyens conséquents, y compris des armes de guerre dont ils n’hésitent pas à se servir. Les enjeux sont énormes. Aussi, la lutte restera ardue malgré les résultats probants réalisés ces derniers mois et l’expérience acquise par les gendarmes, qui parviennent à décrypter et à déjouer les stratagèmes des narcotrafiquants. Outre l’évidente difficulté de l’entreprise, le combat contre le phénomène que constitue le trafic de drogue est notablement freiné par l’état des relations de l’Algérie avec le voisin pourvoyeur. Logique primaire : comme la marchandise prohibée vient du Maroc, la lutte devrait s’opérer aussi en amont, la coopération dans ce type de situations n’étant pas facultative…

Cherif Berkache

In Le Courrier du 19 avril

Éditorial : 300 contre 10

Une génération en arrière, l’Algérien ne trouvait pas quoi acheter avec son argent. Pour acquérir une voiture neuve, il fallait avoir la bénédiction du Parti (unique). Il n’était pas facile de se procurer un jean ou des baskets made in. La banane était ramenée de France par des proches émigrés ou de retour de vacances. Et pas seulement. L’huile de table était convoitée. Lorsque vous avez la chance d’en trouver, l’épicier vous fourgue avec un produit qu’il n’arrive pas à écouler. Suite logique, la pénurie enfante le marché noir et la spéculation et de façon subsidiaire la vente concomitante. Néanmoins, les légumes et les fruits locaux étaient largement abordables, dépassant rarement les deux dinars. Il arrivait que l’orange, la mandarine et la pomme de terre soient cédées à un dinar les trois kilos ! La sardine était à un dinar…En augmentant, les prix des produits alimentaires se sont multipliés jusqu’à trois cents fois, dans un marché où on trouve tout, où la marchandise est disponible, en variété, en qualité et en quantité mais cette fois c’est l’argent qui manque…Car, les salaires, eux, notamment les plus modestes (et les plus durement touchés par les hausses successives des prix des produits de première nécessité), ont connu des augmentations cumulées dans une proportion de dix fois. C’est vrai que, pour reprendre Georges Marchais, lorsque les salaires prennent les escaliers les prix prennent l’ascenseur ; mais, au moins ne pas détruire ou laisser s’écrouler les marches. Devant cette équation aliments trop chers et revenus (trop) bas, il n’y a pas trente-six solutions. La régulation du marché, qui tarde à dépasser le stade du voeu pieu chez les pouvoirs publics –et pas de la part de tous, certains s’y opposant même, invoquant la loi du marché–, n’est pas seulement une nécessité, c’est une urgence. Et en admettant que la situation actuelle soit le résultat du jeu de l’offre et de la demande–, s’impose alors afin d’en réduire les effets une revalorisation substantielle des salaires. Et, messieurs les gestionnaires en chef des affaires publiques, ne nous sortez pas l’épouvantail de l’inflation !

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 16 avril 2009

mercredi 15 avril 2009

Éditorial : Le vote... et l'alternance

Après l’annonce par le ministre de l’Intérieur de la victoire de Abdelaziz Bouteflika à l’élection présidentielle avec plus de 90 % des voix exprimées et la proclamation officielle de sa ‘‘réélection’’ (formulée ainsi) par le Conseil constitutionnel pratiquement dans les mêmes termes, un constat est à faire, pas du tout réjouissant pour la marche de la nation dans le sens du progrès général, à décharge pour le président (ré)élu. Car lorsqu’on élit un homme –ou une femme– pour présider aux destinées de son pays, on lui confie la gestion des affaires publiques et la prise de décisions qui engagent le présent et l’avenir. Et, à commencer par la crédibilité de la compétition électorale jusqu’à la constitution d’une opposition réelle, laquelle a besoin d’une assise acquise précisément dans le vote, essence de la démocratie. Or, il est difficile de prétendre à un tel rôle avec les scores insignifiants obtenus par les ‘‘concurrents’’ de Bouteflika, avec 4,5 % pour la candidate classée deuxième. Des résultats qui ont de quoi inquiéter quant à l’avenir du pluralisme effectif, à l’avancée de la démocratie en Algérie. Dans des pays où la pratique démocratique est enracinée, un vote pour élire la personne qui occupera le plus haut poste de gouvernance, différent selon les systèmes politiques, ça se joue le plus souvent à moins de 1% d’écart entre les deux candidats les mieux placés. Ce qui nous amène à une question centrale dans l’exercice de la politique dans un système qui se veut démocratique : l’alternance au pouvoir. Ceci dit, peut-être que cette situation, apparue dans toute sa nudité –pas seulement dans la dernière élection mais dans les précédentes aussi, illustre tout simplement le stade auquel est parvenu notre pays, société, classe politique (ceux qui ont boycotté la présidentielle compris) et institutions.

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algerie du 15 avril 2009

dimanche 12 avril 2009

A(h!c)culture : Les pauvres !

Interrogé par un journaliste au sujet de l'auteur du roman Le Fils du Pauvre, un candidat à la présidentielle en Algérie, à la veille de la campagne électorale, a cité le nom de Ibn al-Muqaffa ….C'est vrai, à chacun ses références ; mais qu'un Algérien ne connaisse pas Mouloud Feraoun c'est, dans tous les cas, toujours triste pour la culture nationale. Et lorsque c'est un postulant au titre de président de la République, c'est calamiteux ! Comme si un candidat à la présidentielle en France ne connaissait pas...disons, pas Victor Hugo...François Mauriac, ou en Egypte Taha Hussein ou Najib Mahfoudh…On pourra dire -et encore !- pour justifier l'ignorance concernant un écrivain, même de renom, par la donne sociohistorique qui fait que nous soyons dans une sphère culturelle dominée par l'oralité, qu'un illettré n'ait pas accès à l'art écrit… On ajoutera que les oeuvres de nos grands écrivains n'ont pas connu d'adaptations cinématographiques -à de rares exceptions... Comme L'Opium et le Bâton de Mouloud Mammeri devenu un des titres phares du cinéma algérien. Comme L'Incendie de Mohamed Dib qui a eu un franc succès en feuilleton télé ; mieux, l'histoire a été adoptée par la rue et les personnages sont entrés dans la culture populaire. Comme quoi…On a beau dire sur le présumé élitisme de la littérature (fondamentalement faux ! pour L'Incendie ou pour Les Misérables en France mais aussi à travers le monde, la littérature ne connaissant pas les frontières, ni géographiques ni de pensée)… On a beau dire que la culture est secondaire par rapport aux besoins socioéconomiques (alors c'est pour ça que les candidats à l'élection présidentielle n'en ont pas fait cas ?) Les urgences, ce n’est pas ce qui manque en Algérie, touchant aux problèmes sociaux de la population et aux affaires économiques liées avec les premiers mais aussi aux questions politiques. Cependant, ignorer la culture est politiquement dramatique ! Imaginons un instant que le candidat en question dans cette histoire accède au poste de Chef de l'Etat…et il ne connaît pas Mouloud Feraoun dont justement Le Fils du Pauvre figure même par des extraits dans le programme de l'école primaire, en arabe, car Feraoun est traduit dans vingt-cinq langues ! Ensuite, le nom de Mouloud Feraoun est intimement associé au politique et à l'histoire nationale du fait d'avoir été assassiné par l'OAS (notre candidat le sait-il ?) à la veille du cessez-le-feu, le 15 mars 1962…et la campagne électorale pour la présidentielle de 2009 a été ouverte quatre jours après la quarante- septième commémoration de ce funeste anniversaire, justement à la date symbole du 19 mars…Ils prétendent faire de la politique, postulent à de hautes fonctions, y compris celle de président des Algériens, et ne connaissent pas des figures algériennes de la trempe de Mouloud Feraoun…Les pauvres !

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 12 avril 2009

Éditorial : Politiquement, incorrect

Les candidats ‘‘malheureux’’ à la présidentielle crient à la fraude. Difficilement recevable. Que ça vienne des partisans du boycott, cela va de soi. Mais de la part de celle et ceux qui ont pris part à la course électorale, c’est trop politiquement correct pour être honnête. D’aucuns diront que c’est politiquement malhonnête tout en sachant que la politique et l’honnêteté ne font pas (toujours) bon ménage. Mais tout de même…Lorsqu’on participe à une élection et qu’on la perd, la décence veut qu’on accepte la défaite (un épisode naturel dans la vie d’un parti, d’un homme ou d’une femme politique) au lieu de tenter de la justifier, que ce soit de façon sincère (autre qualificatif qui sied mal à la chose politique) ou, comme cela peut être lu, en guise de parade pour la galerie, histoire de sauver la face devant l’opinion publique. C’est (encore) perdu d’avance. Car, cette tactique post-élection adoptée par les ‘‘perdants’’ s’inscrit complètement en contradiction avec leur démarche de participation et en porte-à-faux avec leur crédibilité. Ensuite, à quoi rime cette manie dont ils ont usé et consistant à dénoncer des pratiques répréhensibles dans les bureaux de vote alors que la loi électorale leur permettait de déléguer des représentants au niveau de ces bureaux ? Ces candidats qui s’offusquent aujourd’hui d’irrégularités flagrantes, et d’après ce sens aiguisé de la politique dont ils font montre après l’annonce des résultats du scrutin, devaient alors logiquement appréhender d’éventuelles situations en leur défaveur. En leur absence. Lorsque on s’engage dans une bataille, électorale ou d’une autre nature, il faut avoir les moyens de sa politique.

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 12 avril 2009

jeudi 9 avril 2009

Éditorial : Essence

Aujourd'hui, le citoyen algérien disposera de son droit de vote. D'une manière ou d'une autre. Dans un sens comme dans l'autre. Car il s'agit d'un droit qu'on exerce librement (un pléonasme ici utile pour rappeler le caractère fondamentalement libre de l'acte de voter) et secrètement (sinon il perd justement le noyau de la substance de cette liberté). Ne pas oublier également que le vote est aux origines de la démocratie. Que donner sa voix dans l'élection d'individus, en vue de la représentation ou la direction d'une communauté, ou pour des choix engageant cette communauté est la première action politique dans un système qui se veut démocratique - quoiqu'un tel système soit soumis à la loi de la relativité, dans l'absolu et selon les situations. Ceci pour dire qu'au-delà du scrutin de ce 9 avril -du reste, dans tous les cas de figures, déterminant pour l'avenir du pays-, de tout scrutin, la présente élection, son organisation, le déroulement de la campagne, y compris les imperfections et les dérapages constitue un tournant certain dans la vie de la nation. Elle participera d'une vraisemblable reconfiguration du paysage politique. Pas seulement suivant les résultats du vote (concernant l'élu, les scores des autres candidats et le taux de participation) mais aussi dans les moeurs politiques, lesquelles ont grandement besoin d'être dépoussiérées de leurs archaïsmes et débarrassées de leurs infantilismes. Afin de parvenir à enraciner la culture démocratique dans la société, avec une scène politique où le maître mot revient au débat contradictoire, où une voix dans une élection est pesée à sa juste valeur (d'abord par l'électeur, ensuite par l'organisateur de l'opération de vote), où le respect de l'urne est un principe sacré, inaliénable. Tout le reste suivra, dans l'exercice -tout azimut- de la politique et la pratique de la démocratie. Avec au finish -et ça coule d'essence- le vote.

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 9 avril 2009

lundi 6 avril 2009

Éditorial : Les droits et le sol

Les Algériens résidant à l’étranger votent (théoriquement, voter étant un droit dont on dispose librement et secrètement) depuis trois jours et ont trois autres jours pour exprimer leur voix pour l’élection présidentielle. Normal. Il s’agit de ressortissants algériens. Pas moins, pas plus...Des citoyens à part entière lorsqu’ils se trouvent sur le sol national. Avec les mêmes droits et obligations que leurs concitoyens ‘‘permanents’’ du bled. Aussi, la dernière ‘‘initiative’’ de Djamal Ould Abbes est surprenante à plus d’un titre. Le ministre a annoncé à la fin de la semaine dernière une mesure consistant en la réduction, selon les termes d’une convention signée avec Air Algérie, des tarifs des billets d’avion au bénéfice des «familles à revenus modestes établies à l’étranger» qui rentrent au pays et –s’ils viennent ailleurs qu’à Alger ou autre ville où ils atterrissent– leur prise en charge hôtelières et de transport, y compris par voie aérienne, vers leur région d’origine. Le représentant du gouvernement ne précise pas comment déterminer qu’un émigré est à faible revenu, d’après quels paramètres économiques et sociaux… tout de même pas par rapport au faible revenu du bled et son pouvoir d’achat ! Ceci pour revenir à la citoyenneté, parmi les notions d’essence en opposition à toute discrimination, dans un sens ou dans l’autre. Tous les citoyens sont égaux devant la Loi et ceux qui sont en charge d’appliquer les lois de la République et de la gestion des affaires de l’Etat se doivent de veiller à ce que ce concept de citoyenneté transparaisse dans la vie de la Cité, y compris à l’adresse de ceux qui y sont de manière ‘‘temporaire’’ mais possédant passeport (un document du citoyen par excellence) et qui la plupart du temps sont soumis aux lois d’autres terres…

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 6 avril 2009

Project(heurts) : LA BONNE GRAINE… NE SE TAIT PAS

En regardant (samedi soir sur Canal Algérie) un animateur dynamique et maîtrisant son sujet, Sofiane Dani, accueillir dans son émission Dzaïr Show un cinéaste bourré de talent et qui commence à faire ses preuves, Khaled Benaïssa, on est gagné par un double sentiment paradoxal : le dépit né du constat de gâchis par rapport aux potentialités existantes et l'espoir de lendemains prometteurs. Le plus grand atout de Sofiane Dani est sans doute son naturel authentique (algérien) -dans le verbe et dans le geste-, loin de l'académisme éculé qui domine encore dans les médias audiovisuels nationaux. Dzaïr Show est peut-être le meilleur programme proposé sur la Télévision nationale dans son ensemble, tant du point de vue du concept alliant la culture au divertissement que par la qualité de la production et de la présentation. Cerise sur le gâteau, le fruit n'est pas périssable, l'émission se poursuit, disponible sur un simple clic, par la magie du Net. Un site bien tenu et à jour ! Quant à l'invité vedette de la soirée, c'est un jeune acteur et réalisateur qui a décroché la Caméra d'or à la dernière édition (décembre 2008) du festival du court-métrage Taghit d'Or avec un film (de dix-sept minutes), qui a été bien accueilli par le public il y a quelques semaines à El-Mouggar… Il avait à peine l'âge d'aller à l'école, au milieu des années 80, lorsque cette salle mythique voyait son père, Slimane Benaïssa, triompher des mois durant à guichets fermés avec son Babor Ghraq (le bateau coule), avant que les artistes se taisent… situation remarquablement imagée par Khaled Benaïssa dans son film Sektou (ils se sont tus)…

Cherif Berkache

Paru dans Le Courrier d'Algérie du 6 avril 2009

samedi 4 avril 2009

Art-rebours : COUPEZ !

La censure rime (encore plus) mal avec l'art, la culture. Déjà que la production artistique, culturelle en Algérie s'est réduite, au fil des ans, comme peau de chagrin. Ensuite, les vieux (et sordides) réflexes ont la vie dure ! Mercredi, en soirée, Canal Algérie a eu la bonne idée de passer Hassan Taxi -et attirer des téléspectateurs certains. En fait, ce devrait être ça la vocation de la chaîne : diffuser la production télévisuelle et cinématographique nationale. Les films réalisés jusque-là -et il y en a de qualité- même si en termes quantitatifs ça reste maigre- et participer (produire et impulser) à la création de nouvelles productions pour justement combler ce déficit. Mais d'abord sauvegarder et valoriser les productions existantes, réalisées par des metteurs en scène de talent et joués par de grands comédiens. Parmi ce beau monde, Mohamed Slim Riad et Rouiched ont été censurés sur Canal Algérie. Séquence pourtant banale (née d'une idée originale et jouée de manière géniale). Hassan, le personnage incarné par Rouiched, s'était simplement retrouvé torse nu et…coupe ! Le téléspectateur est projeté une séquence plus loin et (pour ceux qui voient le film pour la première fois car beaucoup l'ont vu et revu avec toujours le même bonheur !), perd quelque peu le fil de l'histoire…Le comble pour le censeur (d'essence sot ) : la scène coupée est montrée dans la séquence qui suit, sur de grandes photos que se passent les proches de Hassan en rigolant… Hé oui, la posture de Hassan était plutôt comique qu'érotique et Rouiched n'est pas Gina Lollobrigida… Comble 2, une même expression mono mot renvoie à la réalisation d'un film et à l'acte de censure : «coupez !»

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 4 avril 2009

vendredi 3 avril 2009

Éditorial: Naturellement…

La ‘‘question’’ de la femme est évoquée parmi leurs thèmes de campagne par les candidats à la présidentielle. Comme de bien entendu ! en pareille circonstance, où l’on ne peut faire l’impasse sur la moitié de l’électorat. Mais souvent sans conviction, voire, pour les plus conservateurs d’entre eux –comme celui-là qui propose une petite pension ‘‘femme, au foyer!’’– à contresens du besoin naturel de la femme de s’émanciper, de ses aspirations politiques et du mouvement historique de la société. D’ailleurs, en dépit de toutes les pesanteurs traditionnelles devenues idéologiques et ce qui en découle comme pratiques dans la vie de tous les jours, dans la sphère économique, au sein des institutions de l’État et dans la vie politique, la femme s’est imposée, avec ses capacités, diplômes obtenus avec brio et compétences reconnues. Et ce n’est pas un hasard si aujourd’hui c’est une femme qui porte véritablement la contradiction au candidat parti favori. Dans une élection où les postulants apparentés de près ou de loin à l’islamisme sont timides, en termes d’envergure politique et dans le discours électoral, s’assumant mal dans cette ‘‘affaire’’ de la femme, pourtant bête noire des conservateurs de tous poils, ici traitée telle une fauve qu’on veut mettre en cage mais qu’en attendant on essaie d’amadouer à distance respectable. Car dans la jungle politique, elle a sorti les griffes, dans le paysage économique elle s’est incrustée, quoique dans le corps social sa place soit encore sujette à une forte résistance dans le sens (pensée) de la réaction. La crue du progrès est néanmoins plus forte ; on ne peut arrêter le cours de l’histoire même si on parvient à le freiner pour un temps. Et puis, la nature est avec elle ; c’est la femme qui met au monde l’Homme. Et on ne peut échapper aux lois de la nature. Quant à l’histoire, elle est, mis à part toute considération de ses chances dans le scrutin de la semaine prochaine, avec Louisa Hanoune, pour ce qu’elle représente comme symbolique dans la ‘‘problématique’’ de la femme en Algérie.

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 2 avril

lundi 30 mars 2009

Éditorial : Portée

Comme il est de coutume dans le discours de pratiquement tous les candidats, à toutes les élections, il est consacré une bonne tranche à « la jeunesse ». Thème phare par excellence en Algérie où la population est constituée à pas loin des trois quarts de personnes âgées de moins de trente-cinq ans. Des personnes. Pas seulement un taux dans de froides statistiques et un thème creux dans un programme électoral -ça ne va pas le plus souvent au-delà, pas même inscrit dans un programme de parti (ou de structure gouvernementale, étatique) de façon claire et constante, de manière conséquente et suivi d'effet lorsqu'on a le pouvoir… Justement, pour cette raison, le thème tel que présenté n'est pas fait pour convaincre dans un pays où la jeunesse est désenchantée par sa condition, dépitée par les promesses électoral(ist)es, des politiciens et autres ''gestionnaires'' des affaires publiques. Les harraga constituent aujourd'hui le stade suprême de cet état de désillusion. Pour que demain la tendance s'inverse, que la direction du vent devienne favorable, il est temps d'adopter à l'encontre des jeunes un langage direct, porteur, les considérant en individus citoyens, à la place du discours démagogique sans aucune portée, sinon à les éloigner davantage physiquement de leur terre, politiquement de leur nation. Et, en parlant de chiffres, de statistiques, il ne faut pas aller chercher loin les raisons de la désaffection enregistrée -et crescendo- lors des opérations de vote. Hé oui, les jeunes et leur taux… La participation à la vie politique et (d'abord) économique, ils ne demandent que ça, les jeunes ! Mieux, ils revendiquent qu'on leur lâche du lest, rien que ça, car pour l'avenir, dans tous les cas, il leur appartient…

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 30 mars 2009

samedi 28 mars 2009

Éditorial : Mesure

Une enquête est menée ces derniers jours se donnant pour finalité un sondage sur les intentions de vote en prévision des prochaines présidentielles. A première vue, cela peut paraître comme un progrès dans les moeurs politico médiatiques au sens démocratique, au sein de la société dans son ensemble. C’est un paramètre non négligeable dans la mesure de l’avancée de la démocratie dans un pays donné, apprécié, dans la pratique publique de la politique, en guise d’indice qui a son importance dans le jaugeage des valeurs de la bourse politique et l’émission de projections, notamment à la veille d’élections, de la vie politique de manière générale. Toutefois, le parallèle s’arrête quand on apprend que l’enquête en question est clandestine, parce qu’aux auteurs anonymes. Le procédé, par des appels téléphoniques, est non seulement pas professionnel du tout, ne répondant pas aux normes suivant lesquelles est effectué un sondage d’opinion, mais constitue une double atteinte aux personnes. Primo, à la vie privée des correspondants accrochés en ligne, identifiés, avec état civil, numéro de téléphone et on ne sait quoi encore sur une fiche réelle ou supposée. Secundo, à la liberté politique, allant complètement à contresens du principe même du vote, qui est strictement personnel, fondamentalement secret. Principe d’ailleurs rappelé par « une source proche du ministère de l’Intérieur » citée par l’APS, en réaction au pseudo sondage, en ajoutant toutefois que « des sanctions ne sont pas envisageables », évoquant un vide juridique. Est-il besoin de formalité législative pour la défense des droits et libertés du citoyen lorsqu’ils sont consacrés par toute la Loi et que l’État en est garant ? Là aussi réside la mesure, l’évaluation du développement sociopolitique de la nation.

Cherif Berkache


In Le Courrier d’Algérie du 28 mars 2009

mercredi 25 mars 2009

Éditorial : Histoire alimentaire

Un thème a été évoqué par pratiquement l'ensemble des postulants à la magistrature suprême, à un près, à savoir le candidat qui se revendique de l'islamisme, ce qui est d'ailleurs paradoxal pour un conservateur, parce qu'il s'agit là de l'agriculture. Un domaine qui, dans le subconscient collectif, dans les communautés humaines de par le monde, renvoie à la tradition, au passé. Un segment qui, en économie, peut être apprécié avec un certain dédain académique. Ce qui, dans la réalité, est complètement faux. Bien entendu. Les plus grands pays industrialisés, comme les États Unis et la France, sont de (très) grands producteurs agricoles. En Algérie, le secteur agraire connaît un véritable gâchis, par tout le monde reconnu et situation devant laquelle tout un chacun suggère de faire quelque chose. Un ''quelque chose'' qui reste toutefois vaguement défini. Pour l'état de semi jachère qui caractérise les terres agricoles -ou ce qu'il en reste avec tout le terrain perdu devant le béton-, les candidats à la présidentielle parlent de nécessaires mesures, en pêchant cependant par un déficit en terme de réformes clairement énoncées et explicitées, se contentant le plus souvent de l'évocation de généralités ''bien pensantes'', touchant immanquablement à la fameuse -et non moins redondante- question de l'autosuffisance alimentaire. Oui, l'aliment, est au centre de toute l'activité économique depuis la nuit des temps, car conditionnant la vie. Simple équation. Néanmoins trop simple pour occulter un véritable débat sur l'agriculture, le financement du secteur et son intégration dans l'ensemble de la politique économique du pays, y compris dans les négociations avec des institutions et ensembles internationaux, comme avec l'Organisation mondiale du commerce et l'accord d'association avec l'Union européenne. Mais ce sont là d'autres histoires…
Cherif Berkache

In Le Courrier d’Algérie du 25 mars 2009

lundi 23 mars 2009

Éditorial : La politique durable

Quoiqu’on dise sur l’inégalité des chances, des moyens, des soutiens, entre Abdelaziz Bouteflika et ‘‘les autres’’, qu’on pointe du doigt l’Administration qui «roule pour le président-candidat», qu’on dise que tout l’encadrement de l’État et toute la logistique publique est à son « service », il faut d’abord se rendre à l’évidence qu’un président sortant possède une longueur d’avance et part en pole position, naturellement et peut-être aussi de façon ‘‘fabriquée’’, qu’ensuite l’angélisme ne s’accorde pas avec la politique. Il est entendu qu’un chef d’État qui brigue un nouveau mandat le fait pour être réélu et qu’il usera pour ce faire de tous les moyens possibles. Dans ce registre, il a été reproché à Bouteflika d’avoir, aux dernières semaines de sa mandature, engagé une véritable campagne électorale avant l’heure avec la qualité de président de la République et tous les moyens liés à la fonction dont les médias lourds ne sont pas des moindres. ‘‘Normal’’! Ceci dit, la pratique est loin d’être propre à l’Algérie. Avec la relativité inhérente aux différences liées à l’évolution sociopolitique des nations. En Allemagne, dernièrement, la chancelière Angela Merkel a annoncé l’augmentation des pensions de retraite qui n’avaient pas connu de hausse depuis douze ans; et détail de taille : la mesure intervient –dans un pays où la frange du troisième âge est importante, vu l’amélioration de l’espérance de vie– à quelques semaines d’élections législatives, autrement dit le scrutin suprême (en régime parlementaire). Maintenant, il revient aux adversaires politiques du chef d’État candidat de manière générale –y compris ceux qui boycottent–, à ses concurrents dans la course électorale de lui réduire la marge de manoeuvre et surtout lui porter la contradiction et présenter une alternative, dans le cadre d’une démarche cohérente qui s’inscrit dans le temps. En d’autres termes, mener le combat politique et de manière durable. Comme dirait Louisa Hanoune, la lutte (révolution) continue (permanente).

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 23 mars 2009

samedi 21 mars 2009

Éditorial : Enseignements premiers

Le week-end a été des plus ordinaires. Une fin de semaine marquée par le championnat de la Nationale Une de football. À Alger, l’événement était au stade de Bologhine où se jouait le derby MCA – USMA. La Capitale n’a pas sorti des atours de circonstance pour le lancement officiel de la campagne électorale pour la présidentielle…Image à juxtaposer aux autres villes, grandes et moins grandes, et villages du pays…Vision exagérée, d’aucuns pourront répliquer, faisant remarquer que ce n’est que le début, qu’une campagne électorale ce n’est pas une fête foraine, qu’il ne faut pas s’amuser à compter le nombre de manèges et mesurer l’intensité du tambour et de la trompette sous les chapiteaux mais s’intéresser plutôt au fond du débat politique autour de l’élection. D’autres rejetteront cet angélisme à rebours, arguant que c’est par le contenant qu’on est attiré vers le contenu, que c’est (une évidence) la campagne qui, servant de moteur, donne sa partition à toute l’opération de vote et peut être déterminante au scrutin. D’autres encore caricatureront en disant que tout cela c’est du cinéma, un film dont la fin est connue à l’avance…Parmi ces derniers, le RCD a organisé un meeting à Bouira, participant donc au débat ‘‘à l’occasion’’ de la présente campagne électorale. Car, c’est peut-être là que réside le plus important : le débat politique. Et la prochaine présidentielle est déjà assez riche en enseignements quant à l’évolution de la scène politique nationale et devient intéressante par la mise en avant dès l’entame de la campagne de certains éléments constituant une sorte de triptyque problématique : l’utilisation de la religion à des fins politique, l’amazighité, la femme. Déjà que dans cette présidentielle c’est une femme, Louisa Hanoune, qui se place le mieux pour porter la contradiction à Abdelaziz Bouteflika, qui a, de son côté, donné une part importante à la femme dans son programme. On remarque aussi la perte de terrain de la mouvance islamiste dans le paysage politique, avec un Mohamed Saïd plus proche du FLN que du FIS ou Hamas, et un Djahid Younsi dont un représentant a, jeudi à la radio, déclaré texto que le candidat n’aspirait pas à un État théocratique et revendiquait la promotion de…l’amazighité !

Cherif Berkache

In Le Courrier d’Algérie du 21 mars 2009