lundi 30 mars 2009

Éditorial : Portée

Comme il est de coutume dans le discours de pratiquement tous les candidats, à toutes les élections, il est consacré une bonne tranche à « la jeunesse ». Thème phare par excellence en Algérie où la population est constituée à pas loin des trois quarts de personnes âgées de moins de trente-cinq ans. Des personnes. Pas seulement un taux dans de froides statistiques et un thème creux dans un programme électoral -ça ne va pas le plus souvent au-delà, pas même inscrit dans un programme de parti (ou de structure gouvernementale, étatique) de façon claire et constante, de manière conséquente et suivi d'effet lorsqu'on a le pouvoir… Justement, pour cette raison, le thème tel que présenté n'est pas fait pour convaincre dans un pays où la jeunesse est désenchantée par sa condition, dépitée par les promesses électoral(ist)es, des politiciens et autres ''gestionnaires'' des affaires publiques. Les harraga constituent aujourd'hui le stade suprême de cet état de désillusion. Pour que demain la tendance s'inverse, que la direction du vent devienne favorable, il est temps d'adopter à l'encontre des jeunes un langage direct, porteur, les considérant en individus citoyens, à la place du discours démagogique sans aucune portée, sinon à les éloigner davantage physiquement de leur terre, politiquement de leur nation. Et, en parlant de chiffres, de statistiques, il ne faut pas aller chercher loin les raisons de la désaffection enregistrée -et crescendo- lors des opérations de vote. Hé oui, les jeunes et leur taux… La participation à la vie politique et (d'abord) économique, ils ne demandent que ça, les jeunes ! Mieux, ils revendiquent qu'on leur lâche du lest, rien que ça, car pour l'avenir, dans tous les cas, il leur appartient…

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 30 mars 2009

samedi 28 mars 2009

Éditorial : Mesure

Une enquête est menée ces derniers jours se donnant pour finalité un sondage sur les intentions de vote en prévision des prochaines présidentielles. A première vue, cela peut paraître comme un progrès dans les moeurs politico médiatiques au sens démocratique, au sein de la société dans son ensemble. C’est un paramètre non négligeable dans la mesure de l’avancée de la démocratie dans un pays donné, apprécié, dans la pratique publique de la politique, en guise d’indice qui a son importance dans le jaugeage des valeurs de la bourse politique et l’émission de projections, notamment à la veille d’élections, de la vie politique de manière générale. Toutefois, le parallèle s’arrête quand on apprend que l’enquête en question est clandestine, parce qu’aux auteurs anonymes. Le procédé, par des appels téléphoniques, est non seulement pas professionnel du tout, ne répondant pas aux normes suivant lesquelles est effectué un sondage d’opinion, mais constitue une double atteinte aux personnes. Primo, à la vie privée des correspondants accrochés en ligne, identifiés, avec état civil, numéro de téléphone et on ne sait quoi encore sur une fiche réelle ou supposée. Secundo, à la liberté politique, allant complètement à contresens du principe même du vote, qui est strictement personnel, fondamentalement secret. Principe d’ailleurs rappelé par « une source proche du ministère de l’Intérieur » citée par l’APS, en réaction au pseudo sondage, en ajoutant toutefois que « des sanctions ne sont pas envisageables », évoquant un vide juridique. Est-il besoin de formalité législative pour la défense des droits et libertés du citoyen lorsqu’ils sont consacrés par toute la Loi et que l’État en est garant ? Là aussi réside la mesure, l’évaluation du développement sociopolitique de la nation.

Cherif Berkache


In Le Courrier d’Algérie du 28 mars 2009

mercredi 25 mars 2009

Éditorial : Histoire alimentaire

Un thème a été évoqué par pratiquement l'ensemble des postulants à la magistrature suprême, à un près, à savoir le candidat qui se revendique de l'islamisme, ce qui est d'ailleurs paradoxal pour un conservateur, parce qu'il s'agit là de l'agriculture. Un domaine qui, dans le subconscient collectif, dans les communautés humaines de par le monde, renvoie à la tradition, au passé. Un segment qui, en économie, peut être apprécié avec un certain dédain académique. Ce qui, dans la réalité, est complètement faux. Bien entendu. Les plus grands pays industrialisés, comme les États Unis et la France, sont de (très) grands producteurs agricoles. En Algérie, le secteur agraire connaît un véritable gâchis, par tout le monde reconnu et situation devant laquelle tout un chacun suggère de faire quelque chose. Un ''quelque chose'' qui reste toutefois vaguement défini. Pour l'état de semi jachère qui caractérise les terres agricoles -ou ce qu'il en reste avec tout le terrain perdu devant le béton-, les candidats à la présidentielle parlent de nécessaires mesures, en pêchant cependant par un déficit en terme de réformes clairement énoncées et explicitées, se contentant le plus souvent de l'évocation de généralités ''bien pensantes'', touchant immanquablement à la fameuse -et non moins redondante- question de l'autosuffisance alimentaire. Oui, l'aliment, est au centre de toute l'activité économique depuis la nuit des temps, car conditionnant la vie. Simple équation. Néanmoins trop simple pour occulter un véritable débat sur l'agriculture, le financement du secteur et son intégration dans l'ensemble de la politique économique du pays, y compris dans les négociations avec des institutions et ensembles internationaux, comme avec l'Organisation mondiale du commerce et l'accord d'association avec l'Union européenne. Mais ce sont là d'autres histoires…
Cherif Berkache

In Le Courrier d’Algérie du 25 mars 2009

lundi 23 mars 2009

Éditorial : La politique durable

Quoiqu’on dise sur l’inégalité des chances, des moyens, des soutiens, entre Abdelaziz Bouteflika et ‘‘les autres’’, qu’on pointe du doigt l’Administration qui «roule pour le président-candidat», qu’on dise que tout l’encadrement de l’État et toute la logistique publique est à son « service », il faut d’abord se rendre à l’évidence qu’un président sortant possède une longueur d’avance et part en pole position, naturellement et peut-être aussi de façon ‘‘fabriquée’’, qu’ensuite l’angélisme ne s’accorde pas avec la politique. Il est entendu qu’un chef d’État qui brigue un nouveau mandat le fait pour être réélu et qu’il usera pour ce faire de tous les moyens possibles. Dans ce registre, il a été reproché à Bouteflika d’avoir, aux dernières semaines de sa mandature, engagé une véritable campagne électorale avant l’heure avec la qualité de président de la République et tous les moyens liés à la fonction dont les médias lourds ne sont pas des moindres. ‘‘Normal’’! Ceci dit, la pratique est loin d’être propre à l’Algérie. Avec la relativité inhérente aux différences liées à l’évolution sociopolitique des nations. En Allemagne, dernièrement, la chancelière Angela Merkel a annoncé l’augmentation des pensions de retraite qui n’avaient pas connu de hausse depuis douze ans; et détail de taille : la mesure intervient –dans un pays où la frange du troisième âge est importante, vu l’amélioration de l’espérance de vie– à quelques semaines d’élections législatives, autrement dit le scrutin suprême (en régime parlementaire). Maintenant, il revient aux adversaires politiques du chef d’État candidat de manière générale –y compris ceux qui boycottent–, à ses concurrents dans la course électorale de lui réduire la marge de manoeuvre et surtout lui porter la contradiction et présenter une alternative, dans le cadre d’une démarche cohérente qui s’inscrit dans le temps. En d’autres termes, mener le combat politique et de manière durable. Comme dirait Louisa Hanoune, la lutte (révolution) continue (permanente).

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 23 mars 2009

samedi 21 mars 2009

Éditorial : Enseignements premiers

Le week-end a été des plus ordinaires. Une fin de semaine marquée par le championnat de la Nationale Une de football. À Alger, l’événement était au stade de Bologhine où se jouait le derby MCA – USMA. La Capitale n’a pas sorti des atours de circonstance pour le lancement officiel de la campagne électorale pour la présidentielle…Image à juxtaposer aux autres villes, grandes et moins grandes, et villages du pays…Vision exagérée, d’aucuns pourront répliquer, faisant remarquer que ce n’est que le début, qu’une campagne électorale ce n’est pas une fête foraine, qu’il ne faut pas s’amuser à compter le nombre de manèges et mesurer l’intensité du tambour et de la trompette sous les chapiteaux mais s’intéresser plutôt au fond du débat politique autour de l’élection. D’autres rejetteront cet angélisme à rebours, arguant que c’est par le contenant qu’on est attiré vers le contenu, que c’est (une évidence) la campagne qui, servant de moteur, donne sa partition à toute l’opération de vote et peut être déterminante au scrutin. D’autres encore caricatureront en disant que tout cela c’est du cinéma, un film dont la fin est connue à l’avance…Parmi ces derniers, le RCD a organisé un meeting à Bouira, participant donc au débat ‘‘à l’occasion’’ de la présente campagne électorale. Car, c’est peut-être là que réside le plus important : le débat politique. Et la prochaine présidentielle est déjà assez riche en enseignements quant à l’évolution de la scène politique nationale et devient intéressante par la mise en avant dès l’entame de la campagne de certains éléments constituant une sorte de triptyque problématique : l’utilisation de la religion à des fins politique, l’amazighité, la femme. Déjà que dans cette présidentielle c’est une femme, Louisa Hanoune, qui se place le mieux pour porter la contradiction à Abdelaziz Bouteflika, qui a, de son côté, donné une part importante à la femme dans son programme. On remarque aussi la perte de terrain de la mouvance islamiste dans le paysage politique, avec un Mohamed Saïd plus proche du FLN que du FIS ou Hamas, et un Djahid Younsi dont un représentant a, jeudi à la radio, déclaré texto que le candidat n’aspirait pas à un État théocratique et revendiquait la promotion de…l’amazighité !

Cherif Berkache

In Le Courrier d’Algérie du 21 mars 2009