Interrogé par un journaliste au sujet de l'auteur du roman Le Fils du Pauvre, un candidat à la présidentielle en Algérie, à la veille de la campagne électorale, a cité le nom de Ibn al-Muqaffa ….C'est vrai, à chacun ses références ; mais qu'un Algérien ne connaisse pas Mouloud Feraoun c'est, dans tous les cas, toujours triste pour la culture nationale. Et lorsque c'est un postulant au titre de président de la République, c'est calamiteux ! Comme si un candidat à la présidentielle en France ne connaissait pas...disons, pas Victor Hugo...François Mauriac, ou en Egypte Taha Hussein ou Najib Mahfoudh…On pourra dire -et encore !- pour justifier l'ignorance concernant un écrivain, même de renom, par la donne sociohistorique qui fait que nous soyons dans une sphère culturelle dominée par l'oralité, qu'un illettré n'ait pas accès à l'art écrit… On ajoutera que les oeuvres de nos grands écrivains n'ont pas connu d'adaptations cinématographiques -à de rares exceptions... Comme L'Opium et le Bâton de Mouloud Mammeri devenu un des titres phares du cinéma algérien. Comme L'Incendie de Mohamed Dib qui a eu un franc succès en feuilleton télé ; mieux, l'histoire a été adoptée par la rue et les personnages sont entrés dans la culture populaire. Comme quoi…On a beau dire sur le présumé élitisme de la littérature (fondamentalement faux ! pour L'Incendie ou pour Les Misérables en France mais aussi à travers le monde, la littérature ne connaissant pas les frontières, ni géographiques ni de pensée)… On a beau dire que la culture est secondaire par rapport aux besoins socioéconomiques (alors c'est pour ça que les candidats à l'élection présidentielle n'en ont pas fait cas ?) Les urgences, ce n’est pas ce qui manque en Algérie, touchant aux problèmes sociaux de la population et aux affaires économiques liées avec les premiers mais aussi aux questions politiques. Cependant, ignorer la culture est politiquement dramatique ! Imaginons un instant que le candidat en question dans cette histoire accède au poste de Chef de l'Etat…et il ne connaît pas Mouloud Feraoun dont justement Le Fils du Pauvre figure même par des extraits dans le programme de l'école primaire, en arabe, car Feraoun est traduit dans vingt-cinq langues ! Ensuite, le nom de Mouloud Feraoun est intimement associé au politique et à l'histoire nationale du fait d'avoir été assassiné par l'OAS (notre candidat le sait-il ?) à la veille du cessez-le-feu, le 15 mars 1962…et la campagne électorale pour la présidentielle de 2009 a été ouverte quatre jours après la quarante- septième commémoration de ce funeste anniversaire, justement à la date symbole du 19 mars…Ils prétendent faire de la politique, postulent à de hautes fonctions, y compris celle de président des Algériens, et ne connaissent pas des figures algériennes de la trempe de Mouloud Feraoun…Les pauvres !
Cherif Berkache
In Le Courrier d'Algérie du 12 avril 2009
dimanche 12 avril 2009
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