lundi 20 avril 2009

Éditorial : 300 contre 10

Une génération en arrière, l’Algérien ne trouvait pas quoi acheter avec son argent. Pour acquérir une voiture neuve, il fallait avoir la bénédiction du Parti (unique). Il n’était pas facile de se procurer un jean ou des baskets made in. La banane était ramenée de France par des proches émigrés ou de retour de vacances. Et pas seulement. L’huile de table était convoitée. Lorsque vous avez la chance d’en trouver, l’épicier vous fourgue avec un produit qu’il n’arrive pas à écouler. Suite logique, la pénurie enfante le marché noir et la spéculation et de façon subsidiaire la vente concomitante. Néanmoins, les légumes et les fruits locaux étaient largement abordables, dépassant rarement les deux dinars. Il arrivait que l’orange, la mandarine et la pomme de terre soient cédées à un dinar les trois kilos ! La sardine était à un dinar…En augmentant, les prix des produits alimentaires se sont multipliés jusqu’à trois cents fois, dans un marché où on trouve tout, où la marchandise est disponible, en variété, en qualité et en quantité mais cette fois c’est l’argent qui manque…Car, les salaires, eux, notamment les plus modestes (et les plus durement touchés par les hausses successives des prix des produits de première nécessité), ont connu des augmentations cumulées dans une proportion de dix fois. C’est vrai que, pour reprendre Georges Marchais, lorsque les salaires prennent les escaliers les prix prennent l’ascenseur ; mais, au moins ne pas détruire ou laisser s’écrouler les marches. Devant cette équation aliments trop chers et revenus (trop) bas, il n’y a pas trente-six solutions. La régulation du marché, qui tarde à dépasser le stade du voeu pieu chez les pouvoirs publics –et pas de la part de tous, certains s’y opposant même, invoquant la loi du marché–, n’est pas seulement une nécessité, c’est une urgence. Et en admettant que la situation actuelle soit le résultat du jeu de l’offre et de la demande–, s’impose alors afin d’en réduire les effets une revalorisation substantielle des salaires. Et, messieurs les gestionnaires en chef des affaires publiques, ne nous sortez pas l’épouvantail de l’inflation !

Cherif Berkache

In Le Courrier d'Algérie du 16 avril 2009

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